Ma vision du Yoga

Yoga des Yeux
publié le 25 juillet 2022

« Pratiquez et le reste viendra » - Pattabhi Jois

Je voudrais dans cet article aller plus loin que dans ma page d'accueil, sur la vision du yoga.

Ma vision du yoga s’ancre dans le désir de soutenir une santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle pleinement épanouie.
Enseigner le yoga, pour moi, c’est accompagner chacun·e vers une compréhension intime de son corps, de son esprit et de sa créativité, afin de retrouver une relation plus juste à soi.
J’ai à cœur de créer des espaces de pause et d’écoute, des temps suspendus qui permettent de ralentir, d’affiner le regard et de redevenir présent·e à soi comme à l’autre.
Dans un monde marqué par la sidération, le yoga est une philosophie pratique de l’action : une manière concrète de recréer du lien, de cultiver l’attention et de participer à une transformation profonde vers plus de beauté, de sens, de respect, d’inclusion et de justice.
Bien au-delà des bienfaits physiques et psychiques, ces contre-postures nécessaires à des vies souvent sédentaires et stressantes, le yoga est pour moi une voie de connaissance et de reconnaissance de son être véritable, libéré des injonctions sociales.
Je vois cette pratique millénaire comme un chemin pour retrouver sa vraie Nature, mais aussi comme un support vivant pour incarner ses valeurs au-delà du tapis, dans la manière d’habiter le monde et d’entrer en relation avec tout le vivant.



LA DÉFINITION


« Yoga citta vrtti nirodha » : le yoga est l’arrêt des fluctuations du mental (YOGA SUTRAS DE PATANKALI I,2). 

LA PHILOSOPHIE : LES 8 PILIERS

Le Yoga est comme un chemin de méditation, comprenant huit « membres », huit pratiques pour cheminer vers la réalisation du Soi. (voir l'article les Piliers du Yoga)

Yama : la discipline relationnelle

Ahimsa - la non-violence, le respect de la vie
Satya - la vérité
Asteya - le non vol, l'honnêteté

Brahmacharya ou se déplacer en Brahman (infini) - la modération, le contrôle des sens et de la sensualité

Aparigraha - la non-accumulation, la non possessivité par rapport aux biens matériels.

Niyama : la discipline personnelle

Shaucha - la pureté
Santosha - le contentement

Tapas - la pratique assidue

Swaadhyaaya - la connaissance de soi, l'étude personnelle

Ishwara Pranidhaana ou dévotion au Divin : le lâcher-prise.
Niyama - la discipline personnelle

Ensuite seulement, on parle du yoga comme on le désigne habituellement par :

Asana - les postures corporelles
Pranayama - le contrôle du souffle
Pratyahara - la maîtrise des sens.
Les trois derniers membres sont des états méditatifs :
Dharana - la concentration
Dhyana - la méditation
Samadhi - l’éveil de la Conscience, la véritable paix intérieure.


UN SAFE PLACE POUR TOUSTES

Dans mes cours, la pudeur, la discrétion et l’écoute active sont des piliers : ils permettent de créer des espaces sûrs où chacun·e peut se déposer sans blesser les autres. Pour cela, aucun propos ou comportement discriminatoire (raciste, sexiste, grossophobe, validiste, âgiste, homophobe, transphobe, classiste, etc.) n’est toléré, et les violences verbales ou excluantes peuvent entraîner une exclusion. Le yoga n’est pas un lieu pour draguer ou déverser sa journée sur les autres : il s’agit d’un espace d’attention, de respect et de non-jugement. Je m’efforce de rendre mes cours chaleureux, accessibles et sérieux, avec des indications précises pour le bien-être physique. Ma pratique, riche et diversifiée, intègre des techniques variées (Hatha, yoga thérapeutique, Iyengar, yoga du visage, yoga des yeux, yoga hormonal, fascia, nerf vague, trauma informé) pour répondre aux défis modernes comme le stress, la sédentarité et le manque de temps. Je sélectionne des environnements beaux, sécurisants, inclusifs et propices à l’expression artistique, afin d’ouvrir un champ des possibles et de retisser des liens durables.

CE QUE LE YOGA N'EST PAS :

UNE INJONCTION AU "BIEN-ÊTRE"

Cela sous entendrait que ne pas prendre du temps pour soi ferait de nous une mauvaise personne. 
Cela sous entendrait qu'on est obligé-e-s d'aller bien. 

Cela nous met également dans une sorte de moule, de place pré-déterminée où l'on ne fait pas de vague.
Mais surtout, parfois, on ne peut pas faire plus que peu, et c'est juste. Le temps de l'assimilation, du repos et de la régénération sont le vrai capital de nos vies 😉
Ce n'est pas non plus une voie de la performance. L'authenticité passe par l'écoute.
Et évidemment, on n'est pas obligé-e d'être otop tout le temps, surtout pour répondre à des systèmes discriminants par définition.
Vivons notre vie, et vivons-la tout le temps !
La seule phrase de Yogi Bhajan que j'affectionnerai certainement encore longtemps est : "When you don't go within, you go without" ("Si tu ne regardes pas à l'intérieur, tu ne vois pas l'essentiel, et marche sans un bout") (comme ça que je la traduirai aujourd'hui).
Ce n'est pas une injonction, mais une proposition sérieuse d'écoute et de connaissance.
Lire Politiser le bien être, de Camille Teste

Un moment de détente

J'ai presque envie de dire "au contraire" : Il s'agit de se connecter, de se concentrer, d'invariablement revenir à l'observation du souffle, à l'alignement du corps, observer l'observateurice que l'on est, en plaçant son attention sur l'attention elle-même.
Par ailleurs, non seulement le yoga n'est pas une pratique de sas pour souffler de sa journée ou de son quotidien difficile, "même" un-e professeur-e de yoga peut être stressée, en colère, etc. 
Nous sommes des humains, et l'idée est de prendre un moment d'autoexamination pour ne pas devenir une autruche qui met tout sous le tapis (#jeudemots), vivre sa vie pleinement conscient-e.
« Un effort tenace pour introduire de la cohésion dans une multiplicité, pour combattre une dispersion ». Cette description de Masson-Oursel pourrait correspondre donc à ce moment de pause que je trouve indispensable, pour freiner dans notre mode de vie effréné.

Car le yoga demande à l'origine un mode de vie aisé et paisible.
Il me fait aussi penser à la pause que l'on doit organiser pour sa pratique, que décrivent également le mot grec skholé, ou le latin otium, signifiant d'abord une exemption d'activité politique, non pas simplement loisir, bien que les deux termes servissent à désigner l'exemption de travail. Ils indiquent toujours une condition affranchie des occupations et de soucis. (:'))
La pratique est un temps durant lequel une personne profite du repos pour s'adonner à la méditation, au loisir studieux.
Les moments de pauses sont en effet des périodes de repos, fertile.

L'idée est de traverser sa vie en beauté, se comporter en yogi (what would a yogi do?), et ensuite faire du mieux qu’on peut, comme on le peut.
Ce comportement n'est pas une succession de bonnes actions, il s'agit d'essayer de se comporter correctement envers ces pairs, renvoyer la pareille, une sorte d'égoïsme participatif en quelque sorte auquel ce serait super que tout le monde participe.

Spinoza décrivait le conatus comme une recherche tenace de notre être. Je crois que cette voie répond à cette quête.
La vie humaine devrait être parsemée de moments de volupté, et le yoga nous aide à les ressentir, et à tout simplement savoir qu’ils existent.

Une pratique pour laquelle il faut être souple

On assimile souvent le yoga à des postures sur la tête ou que sais-je dans des carrousels à Bali. 
Il n'en est rien. Le Yoga est pour commencer inclusif, certainement pas validiste ou âgiste, et on peut être un très grand yogi alors qu'on ne peut pas faire de posture. 
Rester là à méditer, à être en paix, et être une personne utile, inspirante, c'est certainement plus yogi que de faire des retraites à l'autre bout de la planète et de le poster sur les réseaux #oopsi.
Notons d'ailleurs que les sutras de yoga de Patanjali ne parlent que d'une seule posture (la posture "facile", Sukhasana, la posture en tailleur). 
En réalité, je ne connais que peu de personnes qui la font "convenablement" ! 
Tentons de respecter déjà les deux premiers piliers du yoga (discipline relationnelle et personnelle) pour dire que "nous faisons du yoga", et commençons les postures même si on est raides comme des bâtons, juste pour voir ce que ça fait !

Un moyen de devenir plus performant-e


Les grandes multinationales et autres plus petites organisent de plus en plus souvent des cours de yoga au sein de l'entreprise, pour la cohésion, pour que les employé-e-s sachent "gérer" le stress, pour qu'iels soient plus performant-e-s au travail, mieux concentré-e-s, plus créatifves. 
Mais en fait, le Yoga n'est pas un outil du capitalisme, certainement pas, il est une tradition millénaire qui, nous l'avons vu, ne soutient pas la respiration saccadée et/ou apnéique du monde du travail.
Lire Le Yoga, nouvel esprit du capitalisme, Zineb Fahsi

À propos d'appropriation culturelle

Je comprends qu'il est absolument indispensable de préserver le Yoga et ses millénaires de pratique. Je voudrais cela dit exposer ma pensée au sujet de mes pratiques qui se détachent par exemple clairement du Kundalini Yoga tel qu'enseigné par Yogi Bhajan, parce que je ne crois pas en la personne, en le marketing qui continue d'en être fait, en son comportement colonialiste, ultra capitaliste, mégalomane, abusif et d'agresseur.
Je pratique d'autres techniques de yoga qui m'apportent de nouvelles façons de respirer, de me tenir, de me concentrer, qui m'apportent bien plus que les préceptes dogmatiques de la 3HO Foundation pour ne pas les citer.
J'ai travaillé et pratiqué différentes techniques plus physiologiques, plus pragmatiques qui me parlent plus, c'est la raison pour laquelle je l'enseigne différemment.
Aussi, je propose des cours de yoga sur de la musique électronique, le CLUB YOGA.
Je sais que c'est éclectique et que ça choque, mais je réalise que le côté léger du cours propose beaucoup de légèreté (ce qui n'enlève pas le côté dirais-je sérieux du moment d'écoute) aux pratiquant-e-s qui se permettent de mieux s'écouter, justement, avec la musique, mieux regarder, alors, et iels se permettent surtout de lâcher des choses, et d'avoir du fun, là où c'est parfois plus compliqué dans les cours traditionnels.
En plus, c'est enfin prouvé, la musique électronique modifie notre état de conscience !


Je remercie très humblement et du plus profond de mon cœur toustes les acteurices qui me permettent de pratiquer le yoga aujourd'hui, et essaie d'en transmettre les valeurs de respect et d'écoute.



J'espère que ces lignes vous auront fait du bien, et qu'ensemble on pourra toustes faire du Yoga pour un monde plus juste.


LOVE.

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